La Bible traduite « jusqu’au bout du monde »

Dans les montagnes du Nagaland, situé à l’extrême nord-est de l’Inde à la frontière avec le Myanmar, dans un endroit que les habitants appellent « le bout du monde », le peuple des Chokri a reçu l’année dernière sa première Bible dans sa langue. Hanna Paavilainen, de la Société biblique finlandaise, a rendu visite aux personnes qui sont à l’origine de ces projets. Elle a pris conscience de l’effet que cela a sur les gens de recevoir enfin la Parole de Dieu dans leur langue du cœur.

Along Jamir, responsable des traductions à la Société biblique indienne, propose une devinette typique du Nagaland : qu’est-ce qui ne répond pas, même si on frappe plusieurs fois à la porte d’entrée, mais qui, dès qu’on frappe à la porte de derrière, sort immédiatement par la porte d’entrée ? On apporte sur la table une assiette fumante contenant la réponse : des escargots, ramassés dans les rizières marécageuses, et cuisinés avec du piment, du gingembre et de l’ail. Jamir montre comment faire : il faut d’abord les aspirer par l’ouverture arrière, puis l’escargot se détache de sa coquille.

L’Inde est un pays aux nombreuses nations. Chaque État fédéral possède sa propre culture, ses propres traditions culinaires et ses propres langues. Pour vous donner une idée de l’ampleur du phénomène, on parle bien plus de mille langues dans le pays (le recensement de 2011 a dénombré 1369 langues maternelles ; celui de 1961 en avait listé 1652). « Actuellement, 110 projets de traduction de la Bible sont en cours en Inde, dont la plupart se situent ici, dans le nord-est », explique Jamir, qui est lui-même originaire du Nagaland. « J’ai vu comment la Parole de Dieu transforme ces communautés lorsqu’elles reçoivent la Bible dans la langue de leur cœur. »

L’une de ces communautés est celle des Chokri, qui ont reçu l’année dernière leur première Bible dans leur langue. La ville de Pfutsero est située dans les montagnes, à plus de deux mille mètres d’altitude, entourées de cultures en terrasses où poussent bananes, kakis, thé et kiwis. Des nuages flottent uniformément au-dessus de tout cela. Les habitants appellent cet endroit « le bout du monde ».

Des « chasseurs de crânes » devenus chrétiens

Foto: Finnische Bibelgesellschaft 2026

Le nord-est de l’Inde, relié au reste du pays par un étroit corridor, est très isolé, entouré par le Bangladesh, le Bhoutan, la Chine et la Birmanie. Il se compose de sept États fédéraux abritant une multitude de groupes ethniques et de langues. La région possède déjà des traditions chrétiennes bien établies : dans trois de ces États, le christianisme est la religion principale. On n’apprend pas sa langue maternelle à l’école, car elle ne dispose pas d’écriture. « J’utilise la monnaie indienne et mon passeport indique que je suis indien, mais en réalité, je suis Chokri et Naga, pas indien », explique le pasteur local Mutukhro Zo.

Les Chokri, comme de nombreux peuples du Nagaland, ont une tradition de chasseurs de crânes. Décapiter les guerriers adverses était, chez les Konyak-Naga, un symbole de victoire et de force. La dernière tête a été coupée chez les Chokri dans les années 1950. C’est à peu près à la même époque que le christianisme s’est implanté dans la région. Auparavant, les Chokri croyaient en un seul Dieu suprême ainsi qu’en des esprits de la forêt. Aujourd’hui, la plupart des 95’000 Chokri sont des chrétiens de deuxième ou troisième génération.

La Bible fait office de dictionnaire

Avant la traduction de la Bible, les Chokri n’avaient pas de langue écrite. « De nombreuses familles linguistiques de cette région n’ont jusqu’à présent ni écriture, ni grammaire, ni structure. C’est dans le cadre de la traduction de la Bible que celles-ci sont définies pour la première fois », explique Jamir. Le pasteur Zo est ravi : « Nous avons longtemps prié pour avoir une Bible en langue chokri. Avant, la Bible nous semblait étrangère ; désormais, elle nous touche davantage. »

Ruysuhli Cushah, responsable de l’animation jeunesse en paroisse, raconte que son vocabulaire s’est enrichi : « Au début, cela me semblait étrange de lire le chokri, car auparavant, je ne faisais que parler cette langue. Maintenant, je lis en parallèle la Bible en anglais et en chokri, ce qui me permet d’apprendre ma propre langue. Je ne connaissais auparavant aucun terme abstrait comme « justice » ou « salut » dans ma langue. » Pulalii Thelu, responsable de l’école du dimanche de la même paroisse, acquiesce : « La Bible en chokri est une grande avancée pour notre peuple. Elle est le point de départ pour créer quelque chose de nouveau et de plus grand, pour le bien de notre peuple et pour la gloire de Dieu. »

La persécution des chrétiens : une réalité

À New Delhi, la capitale, les chrétiens constituent une minorité. Le paysage urbain est marqué par les temples hindous et les affiches proclamant « Une seule Inde ». La situation s’est aggravée sous le gouvernement actuel : les écoles ne reçoivent aucune subvention de l’État si elles ne disposent pas de professeurs d’hindi, et le yoga est obligatoire dans toutes les écoles. Dans l’État voisin du Manipur, un conflit armé oppose des représentants de différentes religions : des traducteurs ont dû fuir et les projets menés sur place sont interrompus.

L’archevêque Anil Joseph Thomas Couto résume la situation en ces termes : « Ici, les chrétiens sont des citoyens de seconde zone. Ces dernières années, le nombre d’attaques a augmenté et les offices religieux sont constamment interrompus. »

Et pourtant, le christianisme se développe

Malgré toutes ces difficultés, le christianisme continue de se développer. Les dernières statistiques de l’Alliance biblique universelle montrent que l’Inde occupe la troisième place mondiale en termes de ventes de Bibles. « Les Indiens recherchent le salut et la libération. Dans le christianisme, l’égalité des droits et la libération du système des castes interpellent nos contemporains », explique Couto. Jamir conclut par un message d’espérance : « Notre Dieu est plus grand que tous les défis auxquels nous sommes confrontés. »

Hanna Paavilainen, Finnische Bibelgesellschaft

Hanna Paavilainen

Pasteure et responsable de la communication en ligne de la Société biblique finlandaise

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